BEAUTY ON LE PARISIEN (newspaper)

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Mais ils sont vivants !

Vidéo.Deuxmillionsdepersonnesontdéjàregardé«Beauty», qui faitbouger lespersonnages etpaysagesdespeintures classiques.

La scène, incroyable, dure presque dix minutes. Muette et vibrante. Une image noire, puis le soleil qui se lève sur un lac et des montagnes paradisiaques. Un bébé au sein d’une madone. Une rivière, un bois, on entend des chants d’oiseaux, bientôt des rires étouffés de jeunes filles. On les voit aussi, qui semblent grandir, d’abord fillettes puis femmes. L’une d’elles, sortie d’un chef-d’oeuvre de la peinture italienne, cligne des yeux.Miracle de la 3D et des trucages numériques. Des anges du Caravage volent vraiment dans le ciel. A ce paradis succède l’enfer : décapitation, le sang gicle sur l’écran, opération chirurgicale, poignards, la foudre qui frappe, tempête sur la mer. De la naissance à la mort, de la félicité au meurtre, de la paix à la guerre : Rino Stefano Tagliafierro, un vidéaste italien de 33 ans, signe avec « Beauty »—à voir depuis quelques jours sur Internet— un clip en forme d’ode à la peinture qui se nourrit de plus d’une centaine d’oeuvres, du Caravage à Bouguereau, ses deux peintres préférés. nDu Caravage aux préraphaélites Depuis samise en ligne le 13 janvier, « Beauty » a été vu plus de 2millions de fois. On est saisi par la beauté immédiate de ce poème numérique né de la culture classique. « La technique de Beauty n’est pas complexe, mais tout a été très long et laborieux à réaliser », nous a confié le réalisateur, qui a utilisé différents logiciels, détourant des personnages ou des morceaux de tableaux avant de reconstituer l’ensemble sur un fond numérique associant des effets graphiques : la mer tourmentée enfle vraiment, le paysage devient mouvant comme dans un film. « Le risque était d’exagérer lesmouvements de chaque personnage et d’obtenir un résultat qui semble artificiel, gratuit. J’aimesuré avec beaucoup d’attention la fluidité de chaque geste, pour que tout resteminimal, dans le respect de ces chefs-d’oeuvre », ajoute cet admirateur de la peinture des siècles passés, qui amis des années à chercher et sélectionner les tableaux au plus près de « l’émotion humaine », et cinq mois à réaliser l’oeuvre numérique. Un petit jeu pour les connaisseurs consisterait à identifier les 118 tableaux qui défilent à toute allure en dix minutes, certains célèbres, d’autres beaucoup moins, mais « Beauty » peut se voir sans aucune préparation. La liste des peintres qui l’ont inspiré défile dans le générique de fin : Rembrandt, Rubens, Titien, Vermeer, Caspar David Friedrich, Géricault, David, Gustave Doré notamment, et bien sûr le Caravage et William Bouguereau, une des stars du musée d’Orsay, surreprésenté, pourtant considéré comme un peintre académique par excellence, voire pompier, et qui fut balayé par l’impressionnisme. Mais c’est tout le paradoxe de « Beauty » : un jeune artiste numérique, habitué des festivals d’avant-garde, y exalte son goût pour le symbolisme, les préraphaélites, le goût du joli, avec une prédilection pour les petites filles au visage idéal et les jeunes élégantes en fleurs. Bonne nouvelle : Internet redécouvre le romantisme et la contemplation. La Toile abrite un cercle des poètes disparus.

YVES JAEGLÉ

 

C’est luiquianimeles tableaux

D’ habitude, ses vidéos expérimentales font plutôt de 10000 à 100000 vues, pas 2 millions comme « Beauty ». Rino Stefano Tagliafierro, vidéaste italien de 33 ans, basé à Milan, n’était pas non plus connu spécialement pour son amour de la grande peinture. Il a signé des clips musicaux pour des groupes comme Digitalism, un duo de musique électronique, et a travaillé dans l’univers de la mode tout en courant les festivals d’art numérique et d’animation, comme à Annecy où il a raflé un prix. Dans « My Super 8 », à partir de deux jeunes filles, il travaillait et malaxait déjà l’image pour donner une impression de rajeunissement ou de vieillissement. Il travaille désormais directement sur Internet. Et la peinture ? « Mes parents m’ont transmis leur passion pour l’art dès l’enfance, nous explique-t-il. J’ai été profondément marqué par une exposition de Salvador Dali que j’ai vue très jeune, et ses oeuvres m’accompagnent toujours, comme celles de David Lynch Twin Peaks et Eraserhead. L’arrivée d’Internet a ensuite été une balise pour toute ma génération, car on a pu s’approprier ce média et en vivre en direct l’évolution très rapide. » « Twin Peaks » : il y a de cela en effet dans les tableaux féminins assemblés par Rino Stefano Tagliafierro, mélange d’innocence, de beauté et d’angoisse.

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